Violences contre les maires : ” Nous avons toujours été à portée de baffe, ça s’est démultiplié “

14 mai 2023

Stéphane Beaudet, président de l’Association des Maires d’Ile-de-France et premier édile (SE) d’Évry-Courcouronnes (Essonne), ne peut que constater que les élus locaux sont de plus en plus visés.

Pour le président des maires d'Île-de-France, les élus locaux intimidés ou agressés paient parfois l'addition après « les effets d’annonce qui peuvent être faits par le gouvernement ». LP/Lucile Métout
Pour le président des Maires d’Ile-de-France, les élus locaux intimidés ou agressés paient parfois l’addition après « les effets d’annonce qui peuvent être faits par le gouvernement ». LP/Lucile Métout

C’était il y a un peu plus de vingt ans, alors qu’il était le plus jeune maire de l’Essonne. Stéphane Beaudet, alors élu à la tête de la ville de Courcouronnes sous les couleurs du RPR, a dû faire face à de l’intimidation. « En deux ans, entre 2001 et 2003, ma voiture a été cassée et incendiée neuf fois », rembobine celui qui est aujourd’hui maire (SE) d’Évry-Courcouronnes et président de l’Association des Maires d’Ile-de-France (AMIF).

L’exemple montre que le phénomène de l’agression des élus locaux et les pressions n’est certes pas un phénomène nouveau. « Le maire a toujours été à portée de baffe, mais ça s’est démultiplié, reprend Stéphane Beaudet. Et cela ne concerne plus simplement les grandes agglomérations ».

Stéphane Beaudet est président de l'Association des maires d'Ile-de-France (AMIF) et maire (SE) d'Evry-Courcouronnes (Essonne).
Stéphane Beaudet est président de l’Association des Maires d’Ile-de-France (AMIF) et maire (SE) d’Evry-Courcouronnes (Essonne). LP/Cécile Chevallier

Il en veut pour preuve les derniers chiffres des démissions de premiers édiles à mi-mandat, en France. 1 293 maires ont ainsi raccroché leur écharpe, « du jamais-vu », insiste le président de l’AMIF. Lors du précédent exercice, ils étaient environ 400 au même point d’étape à avoir démissionné. « La tendance n’est pas stable, elle est exponentielle », note Stéphane Beaudet.

La faute, selon lui, au climat social actuel. « Nous sommes surexposés en permanence. Macron est accueilli par 18 casseroles et nous, c’est en permanence que nous sommes sur le terrain. Ce samedi, je vais sur 17 manifestations sur la ville. Nous sortons tout le temps, nous rencontrons les gens. »

Les députés et les sénateurs « éloignés du terrain »

Pour Stéphane Beaudet, cette surexposition est liée aussi à la fin du cumul des mandats « qui a éloigné les députés et les sénateurs du terrain et mis le maire en première ligne. On doit en permanence répondre aux effets d’annonce qui peuvent être faits par le gouvernement et il y a souvent un décalage entre ce qui est annoncé et la réalité du terrain ». Selon lui, les réseaux sociaux font ensuite le reste et peuvent conduire à des violences. Il souffle : « Il ne suffit que de quelques excités. »

En mars 2021, l’AMIF avait publié une enquête sur les agressions physiques et verbales. Les élus dénonçaient une protection insuffisante. Dans ce document, il est écrit que « 70 % des élus (229 élus locaux) interrogés disent avoir déjà subi une agression physique ou verbale ». Si le maire est souvent qualifié d’élu préféré des Français, il peut aussi être perçu comme un défouloir pour certaines personnes qui voient en lui une représentation de l’État.

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