Patrick Septiers, président du Conseil départemental de Seine-et-Marne – Il y a seulement 5 ans, jamais nous n’aurions pensé que le département allait s’investir dans la santé “

Patrick Septiers, président du Conseil départemental de Seine-et-Marne – ” Il y a seulement 5 ans, jamais nous n’aurions pensé que le département allait s’investir dans la santé “

Dans un département où l’offre de soin est sinistrée, le Conseil départemental a fait le choix de prioriser son action en faveur de la santé. Un projet politique qui passe aussi par la mise en place de nouveaux services de soins, comme les cabines de télémédecine ou les bus ophtalmologiques itinérants. Patrick Septiers, président du département, nous explique ce choix.

Pourquoi faire le choix d’installer des cabines de télémédecine ?
C’est une réflexion que nous avions engagé depuis un certain temps. Il faut savoir que la Seine-et-Marne est l’un des départements les plus dépourvus en médecins. Depuis plusieurs mois, nous réfléchissions à la façon de résoudre ce problème et l’installation de cabines de télémédecine faisait partie de nos perspectives. Il nous faut investir pour répondre rapidement et le plus concrètement possible aux besoins de nos concitoyens. Ces objectifs ne pourront être atteints qu’avec la mobilisation des acteurs de terrain : les professionnels de santé, l’ARS, partenaires naturels de l’installation de professionnels de santé et les élus…

La crise a donc permis d’accélérer un processus que nous avions déjà engagé. Notre ambition est de déployer une dizaine de cabines. La première a été livrée à Chelles et elle sera opérationnelle prochainement. Le déploiement se fera ensuite progressivement. Ce qui va nous permettre de mener une belle expérience à grande échelle sur le territoire seine-et-marnais afin de voir la situation évoluer au quotidien.

Comment déterminez-vous les sites d’implantation ?
Ils sont déterminés par rapport aux besoins de réponse médicale des territoires et à l’écosysteme technologique existant avec l’ambition de mailler le territoire. L’idée est que l’accueil pour la cabine soit mutualisé avec une autre collectivité. À Chelles, elle est installée dans une Maison Départementale des Solidarités. À d’autres endroits, cela pourra être une intercommunalité ou une mairie. Avec quelques contraintes toutefois. Le bâtiment doit être équipé de la fibre et les lieux permettre de préserver la confidentialité des consultations. Par rapport au territoire, nous nous adapterons afin de proposer les solutions les plus pertinentes.

Et s’agissant des médecins qui assurent les consultations ?
Nous menons cette expérimentation avec la société H4D (ndlr : qui est membre de l’AMIF Partenaires) qui propose ce dispositif comprenant l’accès médical, la solution technologique et la gestion du projet. Parce qu’il ne s’agit pas de concurrencer les médecins ni de les remplacer par des machines…, bien au contraire, mais de fournir un appui à l’accès aux soins pour la prise en charge des patients. C’est la raison pour laquelle si des médecins du territoire ont des heures de disponible, nous les invitons à nous accompagner dans ces nouvelles pratiques de télémédecine clinique.

Comment nancez-vous les cabines ?

C’est le département qui finance et cela représente environ 100 000 € par cabine. Une enveloppe de 1 M€ a été inscrite au budget départemental pour 2020. C’est important mais pour nous, c’est essentiel. C’est un investissement dans ce que nous considérons être un renforcement et un soutien à l’offre médicale locale.

Vous avez d’autres dispositifs pour lutter contre la désertification médicale ?
Pour les consultations d’ophtalmologie, depuis la fin juin, nous avons mis en place un bus itinérant qui propose également de la téléconsultation.

Il stationne sur les parkings des MDS ou des PMI. Il faut savoir que notre département ne compte que 80 ophtalmologistes pour 1,4 million d’habitants et les délais d’attente sont en moyenne de 6 mois. Nous souhaitons donc mettre en service un second bus prochainement. Là encore c’est grâce au développement de la télémédecine que ces consultations spécialisées ont pu voir le jour.

Nous avons constaté que dans ces unités mobiles d’ophtalmologie, les choses se passent très bien pour les patients, quel que soit leur âge, donc nous sommes confiants concernant l’utilisation des cabines de téléconsultation de médecine générale.

La crise de la Covid a-t-elle accéléré l’implication des collectivités territo- riales dans le champ de la santé ?

Absolument. Pendant la crise sanitaire, rien que pour les masques et le matériel de protection, le département a investi 13 M€. Et si le département n’avait pas été là, les hôpitaux, les maisons de retraite, étaient démunis. Pour les EHPAD, nous avons également acheté deux types de tablettes numériques. L’un pour permettre aux professionnels de conserver un lien et un suivi avec les hôpitaux. Et l’autre pour que les familles puissent communiquer avec les résidents parce que les visites n’étaient pas autorisées.

Apporter un soutien aux plus vulnérables sur les territoires les plus isolés, c’est l’ambition de la politique départementale. Nous sommes en train de réfléchir notamment avec l’hôpital de Melun, sur la façon de les aider en mettant par exemple des locaux supplémentaires à leur disposition. En période normale, ils pourraient accueillir des internes, et en période de crise, des lits supplémentaires.

À partir de votre expérience et dans le cadre de la crise sanitaire que nous traversons, considérez-vous que la santé fait désormais partie des missions des collectivités ?

Il y a seulement 5 ans ou même un an, jamais nous n’aurions pensé que le département allait s’investir dans ce genre de service. La médecine était hors du champ de compétence des départements. Mais aujourd’hui, nous prenons la mesure de la nécessaire collaboration entre les acteurs de la santé sur notre territoire. C’est déjà le cas pour l’ophtalmologie et la médecine générale. Le champ des attentes médicales est très ouvert et les besoins ne cessent de croître.

J’approuve le discours du nouveau Premier ministre quand il affirme qu’il faut « impérativement » faire confiance aux territoires « parce qu’ils détiennent en large part les leviers du sursaut collectif », mais il faut que les actes suivent. Nous sommes prêts à prendre nos responsabilités mais il faut qu’on nous en donne les moyens politiques, juridiques et financiers.